Il y a quelques mois, elle séduisait James Bond. Aujourd’hui, elle envoûte John Galliano : la sublime Eva Green vient de tourner, sous la direction de Wong Kar-wai, le spot du nouveau parfum Dior, Midnight Poison. Rencontre.
C’est l’histoire, rare, d’une jeune fille qui en avait marre d’être blonde. Mettons châtain clair. "Je me sentais fade, inexistante, j’étais d’une timidité maladive". Alors, à 15 ans, elle "pète les plombs". "Je me suis teint les cheveux en noir-bleu. Et depuis, c’est resté". Elle dit ça en plongeant ses yeux océan dans les vôtres. La peau est blanche et les proportions sont parfaites. Beauté de haute volée. Contrairement à 90 % des femmes qui commencent brunes pour finir blondes, Eva Green a choisi de se singulariser en empruntant le chemin inverse. Son côté "dark" n’a évidemment pas échappé à la maison Dior, qui, après Sharon Stone, Charlize Theron et Monica Bellucci, a choisi cette jeune comédienne de 27 ans pour incarner la dernière déclinaison d’un parfum maison : Midnight Poison. Un nom vénéneux prédestiné, presque du sur-mesure. John en personne aurait eu un "crush" pour Eva. "C’est Ridley Scott et sa femme, une grande amie de John Galliano, qui lui ont parlé de moi il y a deux ans alors que je tournais “Kingdom of Heaven”. Quand je l’ai rencontré, je m’attendais à voir un matador et j’ai découvert un homme humble, réservé, touchant, très anglais".
C’est un autre grand cinéaste, Wong Kar-wai, à qui l’on doit "In the Mood for Love" et "My Blueberry Nights", présenté au dernier Festival de Cannes, qui s’est vu confier la réalisation du film publicitaire. Quatre nuits de tournage à l’Opéra Garnier, after midnight, quand les petits rats ont quitté le navire. "J’y joue une sorte de plante toxique, une rose bleue, qui peut faire le bien et le mal, comme le poison. C’est un film très éthéré, pas de ce monde, avec des mouvements lents". Eva… naissant. Miss Green, qui joue déjà une féesorcière dans le premier volet de la trilogie "A la croisée des mondes"*, où elle tient le haut de l’affiche avec Daniel Craig et Nicole Kidman, a tout de suite trouvé ses repères. "J’ai une incroyable robe haute couture de la collection Geisha, avec des épines partout".
On l’aura compris : "Le style nude, ça n’est pas pour moi". Durant notre séance photo, qu’on voulait nature pour contraster avec son image, Eva résiste. "Je veux jouer un personnage. On a toute la vie pour être normal. Etre moi, ça me stresse. Je me sens figée. Alors que je ne sais pas encore bien qui je suis. Mais on ne va pas se lancer dans une psychanalyse". Elle s’inquiète des robes, essaie une perruque Patti Smith en diable : "Moi, s’il y a un tapis rouge, je sors le grand jeu. Je veux du glamour, du théâtral, du rock !"
Heureusement, Sylvie Lancrenon, la photographe, connaît la belle. "Elle ne va pas me demander de sourire, par exemple !" En matière de look et de carrière, celle qu’on a connue bébé dans les bras de sa mère avec sa soeur jumelle dans "Paris Match" entretient le mystère. Physiquement, c’est le pendant sombre de Scarlett Johansson. Un parti pris sophistiqué qui dénote au milieu de comédiennes "casual". Professionnellement, Eva vit et devient à contre-courant. Elle a très vite décidé d’habiter Londres et de prendre un agent anglais, ce qui lui confère une réputation d’intouchable. D’empoisonneuse ?
"On me dit distante ou prétentieuse, mais c’est parce que je suis timide et que je parle peu. Après “Innocents”, de Bertolucci [qui dénudait son corps de rêve], j’ai découvert Londres, où j’avais déjà pris des cours d’art dramatique à 17 ans, puis tout s’est enchaîné et le “James Bond” a beaucoup accéléré les choses. Mais, au total, je n’ai jamais fait que cinq films et j’adorerais tourner avec des réalisateurs français".
En attendant, Eva aiguise sa palette d’accents british. Elle est passée du posh de "Casino Royale" au style East London pour son prochain film avec Ewan McGregor, "Franklyn". "J’aurais dû être prof d’anglais !" sourit-elle. Manière de couper les ponts avec sa langue maternelle et l’inimitable voix mutine aux accents ensoleillés de Marlène Jobert ? "J’ai suivi pendant trois ans des cours de comédie chez Saint-Paul, mais, à l’époque, j’avais du mal à m’avouer que je voulais devenir comédienne. Sans doute à cause de ma mère…" Récemment, Bertolucci l’a taclée : "Faut que tu reviennes au coeur du cinéma". Le coeur, ce pourrait être ces petites taches de rousseur qu’elle cache sous du maquillage virginal et ce duvet doré qui pousse à l’orée de sa crinière de jais. Eva, délicieux poison et antidote à la fois.